Figure incontournable de l’actualité des transferts, Sacha Tavolieri s’est imposé ces dernières années comme l’une des voix les plus suivies du mercato en Europe. Journaliste, commentateur, entrepreneur et créateur de contenu, le natif de Liège s’est construit un profil atypique dans le paysage médiatique du football. Pour Tellement Foot, il revient sur son parcours, sa méthode de travail et sa vision du métier.
Un profil singulier dans le paysage médiatique
Tu as grandi à Liège dans un environnement marqué par une double culture (belge et sicilienne, en l’occurrence), avec un père chanteur et un univers très artistique. Comment le football s’est-il imposé dans ton parcours personnel et ton évolution ?
Oui, c’est vrai, j’ai grandi dans un univers très artistique au sein de ma famille. Je pense avoir plongé dans le football grâce à mon grand-père, qui était un grand passionné, surtout de l’AC Milan. Le football a été pour moi une manière de m’exprimer, de m’ouvrir l’esprit et de grandir. Il m’a aussi beaucoup aidé dans ma vie, notamment dans les moments plus difficiles, en me permettant d’aller mieux et de relever la tête.
À quel moment as-tu compris que ce sport allait occuper une place centrale dans ta vie ?
J’ai traversé des moments familiaux un peu compliqués, notamment avec le divorce de mes parents. À cette période, les choses étaient assez difficiles à gérer. Le football est alors arrivé comme une forme de thérapie. Dès mes 9-10 ans, j’ai vraiment commencé à m’y investir pleinement, et c’est devenu ma passion ainsi qu’un véritable moyen d’évasion. Avec le temps, cette passion m’a construit et m’accompagne aujourd’hui dans ma vie.
Ton parcours est aussi marqué par une formation artistique, notamment avec une expérience dans le théâtre. Comment cette dimension artistique a-t-elle influencé ta manière de faire du journalisme ?
Cette dimension artistique influence encore l’ensemble de mon travail. Toute cette expérience a un impact direct sur mon processus de création et de production. Je m’appuie sur mon statut de journaliste pour aller plus loin dans la conception des contenus et dans l’innovation. J’essaie de m’inspirer de ce que j’observe afin d’imaginer et de développer des choses nouvelles, qui n’existent pas encore. Je suis clairement dans une démarche de création de concepts différents.
Entre journalisme, production de divers contenus et entrepreneuriat, ton activité implique des exigences très différentes. Comment parviens-tu à concilier la rigueur journalistique avec une logique de performance ?
Avec l’expérience. Avec le temps, on apprend à mieux gérer les choses, comme ses émotions, ses informations ou encore ses contacts, qui sont de plus en plus nombreux. J’arrive également à concilier tous ces aspects grâce aux erreurs que j’ai pu commettre et qui m’ont permis de m’améliorer. Se tromper, quelque part, fait partie du processus et permet de se construire, de progresser et de devenir meilleur.
Tu as travaillé pour de nombreux médias : Radio Hitalia, 48FM, RTL, BeTV, La DH, mais aussi RMC, L’Équipe, Eurosport, Sky Switzerland ou encore Libération. Comment s’est construit ton parcours médiatique et quelles ont été les étapes clés de ta carrière ?
J’ai toujours saisi toutes les opportunités qui se présentaient à moi. Cela m’a permis d’évoluer progressivement : d’abord dans ma région, puis à l’échelle nationale, avant de m’ouvrir à l’international. J’ai toujours cherché à me positionner et à aller vers les opportunités. Dès que j’en voyais une, j’y allais à fond. J’essaie toujours de tirer le maximum de chaque expérience pour me construire, continuer à avancer et progresser.
Aujourd’hui, tu cumules plusieurs rôles : journaliste, commentateur, chroniqueur, entrepreneur et parfois consultant pour certaines marques. Comment organises-tu ton quotidien pour gérer ces différentes activités ? Ces différentes casquettes nécessitent-elles des méthodes de travail spécifiques, notamment sur les questions d’indépendance éditoriale ou d’éthique ?
J’essaie d’avoir un véritable processus de développement. Cela demande énormément d’organisation et de structuration pour faire évoluer mon activité. Il faut être rigoureux et avoir une vision claire. Au quotidien, cela représente beaucoup de réflexion et de mise en place.
C’est aussi très prenant : il est rare de décrocher complètement, parce que tout est en mouvement permanent, en accélération constante. J’ai toujours des idées en tête, donc ce n’est jamais évident à gérer, mais j’y arrive.
Je pense que cela fonctionne aussi parce que toutes mes activités sont liées à une seule et même chose : la passion du football. Je parle de football, des transferts… Ce socle me permet de rester structuré, de créer des formats et de bâtir différentes briques. C’est cette organisation qui me permet ensuite de développer des projets avec cohérence, tout en conservant une véritable éthique de travail.
Le journalisme sportif connaît aujourd’hui de profondes évolutions, notamment avec l’émergence de nouveaux formats et de profils moins conventionnels. Penses-tu que le rôle du journaliste ne se limite plus à transmettre une information brute, mais implique désormais une véritable mise en récit, une capacité à créer une relation forte avec une audience, ainsi que le développement d’une identité propre, d’une personnalité reconnaissable, à travers des contenus plus narratifs ?
Clairement. Aujourd’hui, les journalistes les plus connus ne s’inscrivent plus uniquement dans une approche narrative classique. Ils sont davantage dans la création de contenu, le développement de nouveaux formats et l’affirmation de nouvelles postures. Il y a une véritable évolution du métier, qui a aussi fait émerger toute une série de profils et de personnalités.
La “voix” du journalisme a changé. Le plus important, désormais, est la capacité à créer, à proposer quelque chose de pertinent et à être performant dans son travail, que ce soit au sein d’un média ou en indépendant. Il faut être soi-même, construire sa légitimité avec l’expérience et développer une relation forte avec son audience.
Les réseaux sociaux, et en particulier X (anciennement Twitter), ont joué un rôle central dans ton développement médiatique. La plateforme est devenue le cœur de ton écosystème professionnel. Ton audience s’est construite progressivement et t’a notamment ouvert les portes de la télévision. Mais le revers de la médaille, ce sont aussi les critiques, parfois plus acerbes que sur d’autres canaux. Comment gères-tu cette exposition permanente ? Et ton parcours personnel, marqué notamment par des moments difficiles dans ta scolarité, t’aide-t-il aujourd’hui à prendre du recul face à ces critiques au quotidien ?
Avec le temps, j’ai appris à prendre beaucoup de recul. J’ai développé une approche plus professionnelle, plus structurée et presque plus “business” dans ma manière de travailler. J’ai une autre gestion des réseaux sociaux, une autre façon d’aborder les choses. Je prends davantage de distance, notamment pour gagner en efficacité et en impact.
Mais cela m’a aussi beaucoup touché. Je m’investis énormément, et il y a une exposition permanente qui peut parfois être difficile à vivre, notamment lorsque les retours sont négatifs. L’enjeu est de savoir y faire face, de continuer à avancer et de rester concentré.
Aujourd’hui, je sais que je dois être exigeant avec moi-même. Je suis obligé de viser l’excellence et d’exercer mon travail avec rigueur. Il existe une forme de pression, car si je ne suis pas au niveau, ma crédibilité peut vite être remise en question. C’est une réalité avec laquelle je compose au quotidien.
Dans les coulisses du mercato
Tu es considéré comme l’une des références sur l’actualité des transferts. Comment devient-on un journaliste mercato incontournable dans un paysage médiatique aussi concurrentiel ?
Je pense que cela repose avant tout sur énormément de travail. Il faut aussi avoir la volonté de croire en sa légitimité et en sa capacité à réussir, à bien faire les choses. Ensuite, l’idée est de développer des outils, de structurer des méthodes et de mettre en place des processus permettant de performer dans la durée.
Le travail est indispensable, mais il y a aussi la capacité à créer ce que les autres ne font pas. C’est la base : innover, proposer quelque chose de différent et apporter une vraie valeur ajoutée. Il faut être curieux, observer, s’inspirer, tout en conservant sa propre vision artistique. La passion est également fondamentale. Aujourd’hui, toute ma vie tourne autour de cela. Je suis totalement investi dans ce projet. C’est une part centrale de mon existence.
Selon toi, quelles sont les qualités indispensables pour réussir comme journaliste spécialisé sur le marché des transferts ?
Du calme, de l’expérience et une capacité à prendre des risques. Quand on dispose d’une bonne source ou d’un bon pressentiment, il faut savoir tenter. Évidemment, vérifier ses informations est essentiel. Mais il faut aussi savoir avancer, oser et ne pas avoir peur de se tromper. Tout cela doit se faire avec le bon état d’esprit. Il ne faut pas être dans une logique de buzz, mais dans une réelle volonté de construire, de progresser et d’apporter de la qualité. C’est cette vision qui permet de durer.
Concrètement, comment obtiens-tu tes informations ? Entretiens-tu des contacts directs avec des agents, des joueurs ou des clubs ?
Les informations arrivent naturellement au fil des échanges. J’entretiens un contact permanent avec les acteurs du football : agents, joueurs, familles, proches… Je suis plongé dans cet environnement au quotidien. J’échange, j’écoute, j’observe. C’est aussi ce qui me permet d’avancer. Je vis avec cet univers en permanence, et j’essaie, à travers ce travail, de me construire un nom et une crédibilité.
As-tu également des sources dans différents clubs, au sein des staffs et dans les rédactions ?
Oui. L’idée est surtout d’avoir des informations variées, provenant de sources différentes, afin de pouvoir les recouper et publier des informations vérifiées.
Lorsque tu reçois une information de transfert, quel est ton processus de vérification avant publication ?
Cela dépend. Parfois, je vérifie avec le club, parfois avec l’agent, parfois avec le joueur. C’est très variable. Il peut aussi arriver que le joueur me transmette directement l’information et, dans ce cas, je la considère comme fiable.
Dans ton travail, existe-t-il malgré tout une part de pari, une forme de « gambling », dans l’évaluation de la fiabilité de certaines sources ?
Évidemment, il y a toujours une part de prise de risque. Ce métier comporte parfois un côté “pari”. Certaines sources travaillent avec toi dans une logique de collaboration, presque comme un projet commun. À un moment donné, il faut savoir faire confiance, accepter une part de risque et avancer ensemble. Avec le temps et l’expérience, j’apprends à mieux maîtriser ces paramètres et à m’entourer de personnes fiables. Plus mes sources sont solides, plus le niveau de risque diminue naturellement.
Dans cette logique, comment construis-tu, au fil du temps, une relation de confiance durable avec ces différentes sources ?
Je pense que le plus important, pour bâtir une relation durable, est la confiance, mais aussi le fait d’être présent pour les gens, disponible et à l’écoute. Si quelqu’un a besoin de quelque chose, je suis là.
Il faut savoir rendre service, partager des informations, mettre en relation… Être ouvert, prêt à collaborer, à échanger et à avancer avec les autres. Je pense que c’est la meilleure manière de construire une relation sur le long terme.
À partir de quel moment considères-tu qu’une information mercato est suffisamment solide pour être publiée ?
C’est une question de timing : la bonne source, au bon moment, avec la bonne information. C’est souvent ce qui fait la différence. Selon la personne et le contexte, je sens si je dois sortir l’information. Avec l’expérience, on développe aussi une forme d’intuition.
Durant le mercato, certaines informations peuvent s’inscrire dans des stratégies de négociation. Comment fais-tu la différence entre une information fiable et une information potentiellement instrumentalisée ?
Souvent, lorsque je sens que l’information dérange, qu’elle crée de la tension ou que certains souhaitent retarder sa diffusion, cela constitue plutôt un indicateur intéressant. Dans ces moments-là, il faut être sûr de ses éléments, assumer ses responsabilités et choisir de publier.
Les spécialistes du marché des transferts sont de plus en plus nombreux, avec des figures majeures comme Fabrizio Romano. Comment vis-tu cette concurrence et comment différencies-tu ton approche ?
Je pense que ma démarche est assez singulière. Je publie des informations, mais je produis aussi des émissions, je commente des matchs de football, j’écris des articles… J’exerce plusieurs activités complémentaires.
L’aspect concurrentiel existe, évidemment. Pendant le mercato, la concurrence est naturelle, car nous travaillons sur les mêmes sujets sur une même période. De mon côté, je développe plusieurs formats et j’intègre une dimension artistique forte dans ma création. Ma démarche repose donc sur autre chose : je cherche à créer et à donner du sens à mon métier.
Je ne peux pas être comparé à Fabrizio Romano, qui s’inscrit davantage dans une logique de volume. Il publie énormément, dans une forme de cadence permanente, de matraquage. De mon côté, je me situe à l’opposé de cette approche.
Au cours de ta carrière, tu as révélé plusieurs informations importantes sur le marché des transferts, notamment le transfert de Jérémy Doku à Manchester City. Tu as d’ailleurs confié, dans une interview pour « La 90e », que c’était le dossier dont tu étais le plus fier. Quel est l’autre dossier mercato dont tu es particulièrement fier ?
Je suis particulièrement fier de plusieurs dossiers. Je pense notamment à l’information que j’ai révélée en novembre dernier sur une rupture en interne au Real Madrid. J’avais annoncé un véritable divorce entre Vinícius Júnior et Xabi Alonso, avant que le technicien espagnol ne quitte le club. J’ai sorti cette information en exclusivité sur Sky Sports. Je suis fier de cette information, qui a eu une vraie résonance.
Je pense aussi au dossier Florian Wirtz, l’été dernier. C’était un sujet très chaud, et j’ai pris beaucoup de plaisir à le traiter. J’ai été le premier à annoncer son arrivée à Liverpool. Cette information a ensuite été reprise par Fabrizio Romano ou encore David Ornstein. C’est une grande fierté.
Tu as travaillé sur de nombreuses informations et rumeurs de transfert. Quelle est la plus folle ?
J’ai eu quelques dossiers assez marquants. Par exemple, un possible transfert d’Eden Hazard en Arabie saoudite, ou encore la signature de Yaya Touré au Standard, que j’avais annoncée. Cette dernière information était vraiment phénoménale. C’est probablement l’une des plus inattendues que j’ai sorties.
Quel est le transfert récent qui t’a le plus surpris ?
Le transfert d’Arthur Vermeeren à l’Olympique de Marseille a été inattendu. L’OM était intéressé par le joueur, mais je ne pensais pas que le club allait l’engager. Ce fut une vraie surprise pour moi.
Tendances du marché des transferts et ambitions futures
En tant qu’observateur privilégié du marché, tu as une vision très claire des tendances. Quels sont les joueurs ou les dossiers qui pourraient agiter le prochain mercato ?
Je ne peux pas t’en dire davantage pour le moment, mais je te donne rendez-vous sur mon compte X pour suivre les dernières informations. Il y a beaucoup de choses qui bougent actuellement : du côté du Barça, du Bayern Munich, mais aussi en France. Les clubs travaillent déjà sur le mercato estival, notamment le PSG. Cela s’annonce très animé.
Selon toi, quel club français se distingue actuellement par la qualité de son travail sur le marché des transferts ?
Je pense que c’est le Paris Saint-Germain. La méthode de Luis Campos est très solide et sa manière de travailler est remarquable. Dans le jeu comme dans le projet global, ce club évolue à un très haut niveau.
Depuis que Luis Enrique a pris les commandes, il y a une vraie progression, notamment grâce à une cohérence affirmée avec Luis Campos. Pour moi, aujourd’hui, le Paris Saint-Germain est clairement le club français le plus structuré.
Et à l’étranger ?
Je trouve le modèle de l’Eintracht Francfort intéressant, notamment avec son directeur sportif Markus Krösche. Le club a une vraie aptitude à recruter des joueurs à moindre coût, mais aussi à relancer des profils en difficulté pour les faire exploser. Markus Krösche est, à mes yeux, un excellent directeur sportif. Il possède également un vrai savoir-faire dans la revente. C’est absolument remarquable.
Quelles sont, selon toi, les principales dérives du mercato aujourd’hui ?
Je pense que le principal problème est l’instabilité des clubs, notamment liée à l’aspect financier. Un joueur peut être très performant en peu de temps, puis être vendu tout aussi vite. Il n’a alors pas le temps de progresser pleinement et ne peut pas s’inscrire dans la durée.
Les joueurs arrivent et repartent rapidement, sans forcément s’intégrer à une philosophie de jeu ou à l’identité du club. C’est, selon moi, l’un des grands enjeux du mercato moderne. L’argent est devenu tellement central qu’un joueur, considéré comme un actif, peut partir après seulement quelques mois. Il y a de moins en moins de joueurs identifiés à un club, et c’est assez regrettable.
Merci beaucoup pour cet échange. Pour conclure, qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?
On peut me souhaiter de continuer à progresser, à développer mes projets et à gagner en visibilité. J’aimerais poursuivre ma croissance sur les réseaux sociaux, créer des partenariats avec de nouveaux médias et continuer à publier toujours plus d’informations et d’exclusivités.
J’en profite aussi pour inviter les gens à me suivre sur YouTube, notamment pour mon émission “En Off”, dédiée aux acteurs du milieu du football, avec de nouveaux invités chaque semaine.
Enfin, si tu devais délivrer une « passe décisive »…
Je vais mettre en avant Instant Foot, un média que j’apprécie beaucoup. Derrière, il y a une équipe très solide, avec Mehdi, Valentin et Hugo. Ce sont de vrais travailleurs et, pour moi, ils ont le potentiel pour devenir une référence en France. Ils sont très performants sur les réseaux sociaux. C’est remarquable. Bravo à eux pour ce travail fantastique.