Le mythique magazine américain Sports Illustrated dispose désormais d’une édition française. Lancé le samedi 27 juin, Sports Illustrated France entend s’installer dans le paysage médiatique hexagonal avec une approche fondée sur les grands récits et la diversité des sujets.
Créé aux États-Unis en 1954, le titre s’est imposé comme une référence mondiale du journalisme sportif, porté par ses couvertures iconiques et son accès privilégié aux plus grandes figures du sport. Plus de soixante-dix ans après sa naissance, il arrive en France avec un premier numéro consacré notamment à Michael Olise, Victor Wembanyama, Didier Deschamps, Michael Phelps et Michael Jordan.
Pour piloter cette édition française, Arnaud Ramsay a été nommé rédacteur en chef. Dans cet entretien, il revient sur le lancement de Sports Illustrated France, son ambition éditoriale et son parcours, tout en évoquant les perspectives du magazine.
Les secrets du premier numéro de Sports Illustrated France
Pour la une de cette édition inaugurale, vous avez choisi Michael Olise. À 24 ans, l’attaquant de l’équipe de France s’impose comme l’un des visages forts de cette Coupe du monde disputée sur le continent américain. Pourquoi ce choix pour incarner le premier numéro de Sports Illustrated France ?
Pour un premier numéro, il fallait marquer les esprits. Notre souhait initial était de mettre Victor Wembanyama en couverture, car il incarnait parfaitement l’ADN de Sports Illustrated France : un sportif français qui rayonne à l’international. J’étais d’ailleurs en discussion avec son agent. Toutefois, le parcours des Spurs de San Antonio a rendu l’opération trop incertaine, la franchise disputant les Finales NBA 2026 alors que nous devions impérativement sortir le magazine autour du 27 juin.
En pleine Coupe du monde de football, nous avons étudié plusieurs profils, mais Michael Olise s’est rapidement imposé. Je croyais beaucoup en lui. C’est un joueur différent, aussi bien dans son style que dans son attitude. Il a une véritable allure de star, avec une élégance et un style qui n’appartiennent qu’à lui. C’est le facteur X des Bleus. Il était encore peu apparu en couverture d’un magazine.
Le titre « Michael Olise, le joueur qui rend fou » est par ailleurs un clin d’œil au livre Ce sport qui rend fou de l’ancien tennisman Gilles Simon. Nous avions aussi la chance de pouvoir compter sur Alexis Menuge, un journaliste français installé à Munich depuis plus de vingt-cinq ans, qui suit Michael Olise au quotidien. Je connais Alexis depuis mes années à France Football.
Le sujet consacré aux mystères de Michael Olise était initialement programmé pour le deuxième numéro, mais l’actualité nous a poussés à accélérer. Alexis Menuge a réussi à joindre Giovane Élber, ancien attaquant brésilien du Bayern Munich, qui nous a parfaitement éclairés sur le joueur.
Avec le recul, ce choix s’est révélé idéal. Nous avons bouclé le magazine au lendemain du premier match des Bleus contre le Sénégal, marqué par une prestation remarquable de Michael Olise, repositionné en numéro 10 lors de la deuxième période. Même si Kylian Mbappé est l’attraction, ainsi que le capitaine et le buteur de cette équipe, Michael Olise s’est affirmé comme le véritable créateur du jeu. Aujourd’hui, cela paraît évident, mais nous étions convaincus de son potentiel bien avant que le très grand public ne le découvre lors de cette compétition.
Pour rappel, Sports Illustrated France est également distribué en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et à Monaco.
Autour de la star des Bleus, le sommaire réunit notamment un grand portrait de Victor Wembanyama, un sujet consacré à Didier Deschamps « en toute intimité », un article sur Michael Phelps ou encore une rétrospective dédiée à Michael Jordan. Êtes-vous pleinement satisfait de ce premier numéro ?
Nous ne sommes jamais pleinement satisfaits, et c’est sans doute une bonne chose, car cela nous pousse à continuer à progresser et à grandir. Mais compte tenu du timing, avec peu de temps et une équipe assez légère, ce premier numéro a été extrêmement stimulant à réaliser.
Évidemment, nous pouvons faire mieux, et nous ferons mieux ! Mais, honnêtement, nous sommes très contents du rendu de ce premier numéro. Visuellement, grâce au travail de Sylvain Galy, notre directeur artistique, le magazine est également très réussi esthétiquement, et j’en suis ravi.
Quel premier bilan tirez-vous de ce lancement et des premiers retours du public ?
Il est encore un peu tôt pour tirer un premier bilan. Au total, 100 000 exemplaires ont été imprimés et mis en vente. Les chiffres arriveront un peu plus tard. Mais d’après les retours d’amis, de collègues, d’attachés de presse spécialisés dans le domaine du sport ou de simples lecteurs ayant partagé des photos après avoir acheté le magazine, ce premier numéro semble avoir bénéficié d’une bonne distribution et suscité un bel écho.
C’est un métier industriel qui s’apprécie sur le temps long, même si les premiers jours restent déterminants. À ce stade, nous sommes ravis des premiers retours. Nous avons reçu beaucoup d’encouragements et de félicitations. De nombreux lecteurs ont trouvé le magazine très réussi, varié et éclectique. C’était précisément l’objectif.
Justement, quelle ambition éditoriale souhaitez-vous porter à la tête de Sports Illustrated France ?
Même si je viens surtout du journalisme footballistique, j’ai voulu ouvrir le plus largement possible Sports Illustrated France. Nous avons essayé de respecter une forme de parité, avec de nombreux sujets consacrés aux hommes et aux femmes. Pour ce premier numéro, nous voulions également proposer beaucoup de photos, de récits et de belles histoires, parfois plus tristes, tout en racontant le sport dans toutes ses dimensions. De ce point de vue, je crois que l’objectif a été pleinement atteint.
L’arrivée d’Arnaud Ramsay à la tête du magazine
Sports Illustrated France est publié par 360 Business Media, déjà à l’origine de Forbes France et de Time France, sous licence d’Authentic Brands Group. Comment avez-vous été approché pour occuper le poste de rédacteur en chef du magazine ?
J’avais lu un article annonçant que Dominique Busso avait obtenu la franchise de Sports Illustrated pour la France, avec un premier numéro prévu au début de l’été. J’avais découvert cette information avec beaucoup de curiosité et d’excitation, mais sans forcément me porter candidat. J’étais persuadé que tout était déjà bouclé.
J’ai ensuite rencontré Dominique Busso à plusieurs reprises et le courant est très bien passé. Dominique Busso est un entrepreneur qui a notamment lancé, dans le secteur de la presse, le magazine lifestyle Oniriq. Il a également détenu la franchise de Forbes et venait de relancer celle de Time en France, dont j’avais trouvé le premier numéro extrêmement réussi. Ma candidature a ensuite été validée par la maison mère, Authentic Brands, malgré mon anglais « rudimentaire ».
Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter ce poste et de rejoindre cette aventure ?
J’ai accepté ce défi parce que j’aime ce type de projet. C’est une petite rédaction engagée dans une aventure extrêmement stimulante, avec un circuit de décision très court et un véritable esprit start-up. Nous avons beaucoup de liberté et pouvons prendre des initiatives.
Comment avez-vous construit votre équipe éditoriale pour donner une identité française à une marque aussi forte ?
J’avais carte blanche pour construire l’équipe éditoriale, tout en m’appuyant sur l’équipe déjà en place. Des journalistes capables d’écrire aussi bien pour le web que pour le print ont été recrutés. C’est le privilège de l’âge et le fait d’avoir beaucoup navigué dans la presse : j’avais déjà en tête les personnes à solliciter pour des articles et des envies rédactionnelles.
D’ailleurs, depuis que mon nom a commencé à circuler, je suis très sollicité. Je reçois encore quotidiennement une quinzaine de demandes de journalistes souhaitant collaborer avec le magazine. C’est une surprise, mais également une récompense. Je reste ouvert à tous les profils, jeunes ou expérimentés, mais ce sont avant tout les idées fortes, originales et pertinentes qui priment.
J’ai aussi fait appel à mon réseau, notamment à Thierry Bretagne, dont je connaissais la qualité de plume. Il a un talent extraordinaire. Il a grandi avec Sports Illustrated, au point d’apprendre l’anglais grâce au magazine. C’était une décision logique de lui confier une rubrique pour raconter, à sa manière, son Sports Illustrated. Avec Thierry, nous étions voisins de bureau du temps de l’aventure éphémère mais très dense d’Aujourd’hui Sport, un quotidien de sport lancé par L’Équipe en 2008.
Au fil de nos échanges, il m’a parlé de Marlyse Schaeffer, première femme à avoir couvert le Tour de France. Nous lui avons consacré six pages. C’est une preuve que la construction éditoriale naît aussi des échanges et des suggestions.
Enfin, Fabrice David était déjà présent avant mon arrivée. Il travaille à la fois pour le print et pour le web, après avoir passé près de vingt-cinq ans à TF1 et à Téléfoot. Il écrit aussi des romans et a débuté à L’Équipe. Nous nous étions d’ailleurs croisés en 1996, lors de la relecture des Jeux olympiques d’Atlanta pour L’Équipe.
Quelle relation entretenez-vous avec la maison mère américaine, Authentic Brands Group, sur le plan éditorial, notamment concernant la part des contenus traduits ou adaptés de l’édition américaine et celle des productions originales réalisées en France ?
J’ai eu la chance d’échanger longuement avec Authentic Brands, la maison mère de Sports Illustrated. Grâce aux accords de licence et aux échanges réguliers qui se poursuivent, nous discutons avec eux de l’évolution du sommaire et nous avons accès aux contenus produits aux États-Unis, mais aussi aux franchises mexicaine et allemande. Je reçois les magazines de ces trois pays et peux choisir certains articles que nous faisons ensuite traduire.
C’est une chance immense, car cela nous permet de publier des textes et des photos produits par Sports Illustrated. Dans le premier numéro, j’ai par exemple choisi un article sur les coulisses de l’écurie américaine Cadillac, récemment arrivée en Formule 1, ainsi qu’un excellent sujet consacré à Michael Phelps. Le journaliste, qui connaît très bien le nageur le plus titré de l’histoire des Jeux olympiques, y raconte ses combats liés à la santé mentale et la manière dont il aide aujourd’hui d’autres sportifs à se reconstruire à partir de sa propre expérience.
L’une des grandes plus-values de ces accords est aussi l’accès aux photos exceptionnelles de Sports Illustrated. C’est dans cet esprit que j’ai créé la rubrique « Carte mémoire ». Nous l’avons inaugurée avec dix pages consacrées à Michael Jordan, qui a fait plus de cinquante fois la couverture de Sports Illustrated. Je voulais m’appuyer sur ce patrimoine pour revisiter les grandes figures du sport passées par le magazine. Fasciné par Michael Jordan depuis l’enfance, j’ai pris un vrai plaisir à écrire moi-même cet article.
L’ADN de Sports Illustrated
Sports Illustrated, c’est une histoire faite de grandes plumes, de récits forts et de couvertures iconiques. Toutefois, la marque a aussi traversé des années plus difficiles aux États-Unis, entre rachats, licenciements et polémiques autour de contenus générés par l’intelligence artificielle. Comment aborde-t-on ce capital symbolique en lançant l’édition française ?
Sports Illustrated est une marque puissante, historique et iconique. Le magazine existe depuis 1954 et reste une référence mondiale dans la presse sportive. C’est à la fois une responsabilité et une formidable opportunité. Personnellement, cette aventure se situe au carrefour de toutes mes expériences.
J’espère désormais contribuer à faire grandir le magazine et à lui permettre de trouver sa place dans le paysage sportif et médiatique français. Nous ne sommes pas là pour concurrencer L’Équipe Magazine, France Football ou So Foot. Nous avons notre propre rythme trimestriel, notre propre ton et l’ambition de toucher le public le plus large possible.
Face à l’essor de l’intelligence artificielle dans les rédactions, quelle place souhaitez-vous lui accorder au sein de Sports Illustrated France ? Avez-vous des lignes rouges clairement définies ?
En tant que rédacteur en chef, je commande, relis et édite l’intégralité des articles publiés dans le magazine. À titre personnel, je n’utilise pas l’intelligence artificielle dans mon travail. Je n’ai rien contre cette technologie : ce serait absurde d’être opposé au progrès. Mais elle ne fait tout simplement pas partie de ma manière de travailler.
Je ne pense pas non plus avoir détecté d’articles rédigés avec l’IA. Nous n’utilisons pas de logiciel de détection, mais je veille à ce que nos articles soient incarnés. J’aime qu’un journaliste apporte son regard, son expérience ou sa proximité avec les sportifs. Je peux citer l’exemple de Dominique Rouch, qui a publié un deuxième ouvrage sur Didier Deschamps. Je lui ai donc demandé de nous raconter son Deschamps intime, pour aller au-delà de l’image parfois volontairement hermétique que le sélectionneur des Bleus renvoie.
L’intelligence artificielle est pratique, rapide et efficace, mais il lui manque encore ce qui fait la singularité d’un magazine : la personnalité, le style et l’incarnation. Bref, de la chair : c’est cela qui fait le sel de notre métier. Notre fonctionnement reste très artisanal, au sens noble du terme, notamment avec Sylvain Galy, notre directeur artistique. Nous veillons à préserver cette identité dans l’ensemble des contenus publiés.
Lancer un magazine print premium en 2026, en pleine crise de la presse papier, est un pari fort. Vous avez opté pour un format trimestriel, qui offre davantage de recul par rapport à l’actualité chaude. C’est aussi une manière d’assumer une autre temporalité, davantage tournée vers le grand reportage, le portrait et l’analyse…
C’est très juste. Le format trimestriel est extrêmement pertinent. C’est un choix de Dominique Busso, déjà adopté pour Time, et il nous convient particulièrement bien, notamment dans le sport. Pendant une Coupe du monde, une actualité du matin peut être balayée l’après-midi par une autre polémique. Ce rythme permet donc de prendre du recul et de laisser beaucoup de place à l’illustration, tout en restant connecté à l’actualité.
Nous avons mis Michael Olise et Victor Wembanyama en avant parce qu’ils sont au cœur de l’actualité sportive et qu’ils le seront encore dans deux, trois ou six mois. Le format trimestriel permet de se poser, de raconter des histoires, de développer de grandes sagas et, surtout, d’avoir le temps.
L’ambition est de conserver au magazine un caractère intemporel. Chaque numéro comptera 180 pages, avec une quarantaine de sujets abordés sous des angles purement sportifs, sociétaux, économiques, culturels, etc. C’est un format qui nous convient bien et qui, je crois, nous réussit.
Quel public souhaitez-vous toucher avec Sports Illustrated France ?
Mon parcours m’a appris à m’adresser à différents publics. À France Football, qui est quasiment mon centre de formation, j’écrivais pour des lecteurs connaisseurs et spécialistes. Au Journal du Dimanche, qui était un hebdomadaire généraliste, l’approche était différente. Cette bascule m’a permis de mieux comprendre mon métier.
Avec Sports Illustrated France, je veux toucher le public le plus large possible. L’objectif est de parler aux connaisseurs sans être trop technique. Le sport permet de brasser de nombreux sujets : l’économie, les médias, les coulisses, la culture, la politique et, surtout, la société.
Nous ne voulons exclure personne. Nous cherchons à éveiller la curiosité des lecteurs, à les surprendre et à les intéresser par la variété des sujets proposés. Pour moi, la première qualité d’un journaliste reste la curiosité. C’est cette curiosité que nous essayons de transmettre à travers le magazine.
Arnaud Ramsay, une vie de journalisme
Vous avez écrit ou coécrit les biographies de Nicolas Anelka, Antoine Griezmann, Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu ou encore Mourad Boudjellal. En quoi ces ouvrages et ce parcours vous aident-ils aujourd’hui dans vos fonctions ?
J’ai la vocation du journalisme. Je suis un peu comme Obélix : je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit. À 13 ans, j’ai créé mon propre journal, La Belle Feuille, à Boulogne-Billancourt. Je le tapais et le fabriquais moi-même à la machine à écrire. Je le vendais avec mon frère dans les immeubles voisins. Depuis, je n’ai jamais dévié de cette trajectoire.
Le sport, les interviews, le récit : tout cela m’accompagne depuis très longtemps. À 14 ou 15 ans, je traînais déjà autour du Parc des Princes les jours de match du PSG pour approcher et interviewer les joueurs de l’époque, comme Joël Bats ou Dominique Rocheteau.
Mon parcours nourrit aujourd’hui ma manière de travailler. J’ai publié plus d’une trentaine d’ouvrages, entre biographies, livres officiels, livres d’enquête, bandes dessinées autour du sport et, plus récemment, un premier roman, Le Fantôme de Stockholm, préfacé par Amélie Nothomb. J’ai aussi travaillé dans de nombreuses rédactions, de M6 à France-Soir, en tant que rédacteur en chef chargé des sports, en passant par Le 10 Sport ou Aujourd’hui Sport.
J’avais déjà encadré une rédaction sportive à France-Soir, autour de 2010, après avoir été rédacteur en chef du 10 Sport. C’est Gilles Verdez qui m’avait débauché. C’était un quotidien généraliste, avec un vrai rythme de rédaction et plusieurs réunions par jour. Cette expérience m’a beaucoup appris.
D’ailleurs, avec Gilles Verdez, nous avons écrit un livre intitulé Champions du monde 98 : secrets et pouvoir. Nous avions révélé que Zinédine Zidane était candidat pour succéder à Laurent Blanc comme sélectionneur. Aujourd’hui, dans mes fonctions, je m’appuie sur tout ce que j’ai construit depuis la création de mon premier journal, en 1985, à l’âge de 13 ans.
Vous êtes récemment intervenu après la sortie du documentaire Netflix consacré à Knysna, en contestant la véracité de la fameuse une de L’Équipe autour des propos attribués à Nicolas Anelka. Seize ans après, pourquoi ce dossier reste-t-il aussi sensible à vos yeux ?
J’ai aussi été, d’une certaine manière, acteur de l’événement. À l’époque, j’étais chef du service des sports de France-Soir et j’avais publié un livre avec Nicolas. C’est moi qui l’avais prévenu de la une de L’Équipe, sans imaginer qu’il me répondrait. Nous avions longuement échangé quelques heures avant sa publication.
J’ai ensuite collaboré à ce documentaire consacré à cette histoire, jusqu’à sa vente à Netflix, notamment en aidant la société de production à nouer des contacts et à structurer le récit. Ce documentaire a permis d’éclairer cet épisode sous un autre angle. Nicolas Anelka n’est pas le « méchant garçon » ou le fossoyeur de l’équipe de France 2010 que certains ont voulu décrire. Les choses étaient beaucoup plus profondes et complexes.
Vous entretenez une relation de confiance rare avec Nicolas Anelka. Comment s’est-elle construite ?
Nicolas Anelka est important pour moi. Je suis fidèle en amitié et je le considère comme un ami. C’est sans doute le seul joueur pour lequel je manque un peu d’objectivité, mais je l’assume.
J’ai rencontré Nicolas Anelka en 1996, dans le cadre de mon travail pour un magazine du groupe L’Équipe, un mensuel éphémère baptisé XL. Je devais suivre au quotidien un futur joueur professionnel, et le Paris Saint-Germain m’a aiguillé vers un jeune apprenti stagiaire plein de promesses : Nicolas Anelka. Il était déjà assez timide malgré les apparences, mais il avait une immense confiance en lui et une vraie foi en son destin. Le courant est immédiatement passé. Comme il n’avait pas encore le permis, je le conduisais dans Paris au magasin de disques de son frère.
Il n’a jamais accordé une grande confiance aux médias, donc je suis devenu son interlocuteur médiatique pendant des années. Nous sommes toujours en contact.
Vous avez connu France-Soir, Le 10 Sport, France Football et plusieurs grandes aventures éditoriales. Comment vivez-vous aujourd’hui ce nouveau projet ?
Je le vis avec beaucoup de bonheur. J’ai 54 ans et je suis totalement indépendant depuis ma démission de France-Soir en 2010, la quatrième de ma carrière. Cela m’a permis de développer de nombreux projets personnels autour du sport, sous différentes formes : articles, ouvrages, biographies, romans graphiques, documentaires, cours de journalisme, etc.
Sports Illustrated France est sans doute arrivé au bon moment. J’avais envie de repartir dans une aventure éditoriale forte. C’est stimulant de construire presque de A à Z un nouveau magazine avec Dominique Busso et le soutien d’Authentic Brands aux États-Unis.
Et après ce premier numéro de Sports Illustrated France ?
Une plateforme digitale gratuite, financée par la publicité, accompagne le lancement du magazine papier. Pouvez-vous nous décrire cette plateforme et son développement ?
Nous avons lancé le site internet dès le mois d’avril, en parallèle de la préparation du premier numéro du magazine print. L’équipe s’est constituée très rapidement, sous la supervision de Pierre Berthoux. Nous essayons de produire six à huit articles par jour sur l’ensemble des sports, dans le respect de notre ligne éditoriale, avec la volonté de proposer des contenus incarnés.
Quels seront les critères de choix pour construire le deuxième numéro ? Avez-vous déjà une idée de la une ?
Le deuxième numéro sera l’édition d’automne, avec une parution prévue, sans doute, à la fin du mois de septembre. Je suis actuellement en train d’en bâtir le sommaire. Certains rendez-vous du premier numéro reviendront régulièrement, comme « Carte mémoire », « L’œil de Greg », une rubrique signée par un artiste et illustrateur très talentueux avec lequel j’avais réalisé un ouvrage sur le PSG il y a quelques années, ou encore la chronique de Christophe Bernelle, ancien joueur de tennis passé par Roland-Garros et devenu psychiatre, qui continuera de disséquer le cerveau des champions.
J’ai déjà une envie forte pour la une de ce deuxième numéro. Les discussions sont en cours ; je ne peux donc pas encore la dévoiler. Nous voulons continuer à surprendre, à amuser et à éveiller la curiosité du public. Nous allons poursuivre notre exploration du sport dans toute sa diversité : du golf à la voile, en passant par le football, la Formule 1, le badminton, l’alpinisme ou encore le cyclisme. Il y aura des portraits, des récits, des histoires et des exclusivités, avec la volonté de couvrir le spectre le plus large possible du sport.