Passé par la France, l’Espagne, la Bulgarie ou encore la Géorgie, Mathias Coureur est devenu, au fil de sa carrière, un véritable globe-trotter. Évoluant actuellement au Kazakhstan, le milieu de terrain offensif pourrait découvrir la Corée du Sud dès janvier et ainsi continuer son tour du monde. Rencontre avec l’étonnant Mathias Coureur.

Avant de retracer ton parcours, deux questions me viennent à l’esprit : cette carrière atypique était-elle prévue et est-ce que tu imaginais avoir un destin aussi fort ?

Ma carrière est totalement imprévue. J’ai signé professionnel au FC Nantes puis aucun club ne voulait de moi. Grâce à un ami, je suis parti m’entraîner en Espagne dans un club évoluant en division 3 et au fur et à mesure des entraînements, l’entraîneur a souhaité me faire signer un contrat. J’ai bien réfléchi car j’avais réussi des essais à Dubai, au Maroc et en Grèce au même moment. Mais, j’avais peur de ne pas être payé en Grèce et pour le Maroc et Dubai, je me suis dit : « Si je signe dans ces pays à mon âge, ma carrière est finie. ». J’ai donc choisi l’Espagne. Ce pays a été un nouveau départ car je me suis dit que ce n’était finalement pas si difficile que ça de vivre à l’étranger.

Après, je voulais jouer dans un club évoluant en première division et j’ai reçu une offre d’un club de première division bulgare donc j’y suis allé sans me poser de questions. Il s’avère que ce fut une superbe aventure. J’ai vécu des choses fantastiques. J’ai été champion de D3 en Espagne, j’ai disputé la Coupe d’Europe avec un club en Géorgie, j’ai joué en première division du Kazakhstan…

Je ne m’attendais absolument pas à ce destin. J’ai toujours souhaité laisser mon empreinte dans les clubs où je suis passé et je pense que je l’ai laissée.

Né le 22 mars 1988 en Martinique, tu passes ton enfance en France et, à seulement 5 ans, tu commences à jouer au football. À 12 ans, tu as la possibilité d’intégrer un centre de formation prestigieux : celui du PSG ou celui du Havre. Malgré la passion familiale et ton amour pour le club de la capitale, tu choisis de rejoindre le HAC. Pourquoi ce choix ?

Tu vas rire… L’année précédente, Amiens me voulait mais mes parents n’ont pas souhaité me laisser partir. J’étais triste et je ne voulais plus travailler à l’école pour montrer mon mécontentement. Quand tu es petit, tu fais un peu n’importe quoi…

L’année suivante, le PSG et Le Havre me voulaient vraiment. Moi, je suis pour le PSG comme toute ma famille et mon rêve était de jouer avec le PSG mais avant de faire mon choix, j’ai lu le magazine Onze Mondial qui faisait, à l’époque, un portrait sur le centre de formation du mois et c’était celui du Havre qui était mis en avant.

Le magazine disait que le centre de formation du Havre sortait beaucoup de jeunes à la différence d’autres grands clubs français comme le… PSG. Ça m’a fait un peu peur car je voulais jouer au PSG mais en professionnel et pas seulement en jeune avec le centre de formation. Donc, j’ai choisi le Havre car c’était le centre qui m’offrait le plus de chances de signer professionnel.

Ce jour-là, je crois que mon père a regretté de m’avoir pris un abonnement à Onze Mondial. Ce fut une décision très compliquée… J’en ai pleuré parce que mon père m’en a voulu. Mais à partir de là, je me suis promis de réussir pour ne plus décevoir mon père.

Ce choix est-il un regret ?

Un regret ? Oui, un peu. J’aurais bien voulu porter les couleurs du PSG et aujourd’hui j’aurais pu dire : « J’ai joué au PSG ». Et puis, j’aurais peut-être percé là-bas avec mon amour du maillot. Je sais que ça aurait rendu fier mes parents. En plus, dans le même temps, un mec de mon quartier a signé au PSG donc… oui un petit regret.

Tu as passé 6 ans dans le centre de formation du Havre. Tu as croisé Lass Diarra, Steve Mandanda, Dimitri Payet… Il y a un joueur qui t’a impressionné plus que les autres ?

Lassana Diarra, c’était le plus fort. Il y a de nombreux joueurs qui m’ont impressionné mais le footballeur qui m’a le plus impressionné n’a pas percé malheureusement. Il s’appelle Ali Allaoui Issilam. D’ailleurs, il était en chambre avec moi. J’ai vu beaucoup de joueurs réussir comme Steve Mandanda, Lassana Diarra, Dimitri Payet, Didier Digard, Kévin Gomis, Fayçal Fajr, Kévin Anin, Guillaume Hoarau, Johny Placide… C’est un très bon centre de formation.

Pour l’anecdote, nous avons fait une finale du championnat de France des 16 ans avec ma génération. Notre seule défaite cette saison-là était en finale contre l’OL de la génération Karim Benzema, Loïc Remy, Anthony Mounier… Ce fut, sans doute, la meilleure période de ma vie. C’est pour cette raison que le non-choix du PSG n’est pas un gros regret parce que j’ai vécu des choses extraordinaires avec le HAC.

Tu pars ensuite à Créteil puis tu signes, suite à un essai réussi, à Beauvais. Tu rejoins ce club, tu joues régulièrement et tu commences à te faire repérer par des écuries prestigieuses, notamment lors d’un match de Coupe de France contre l’OM. C’est finalement le FC Nantes qui réussit à te convaincre et tu signes donc ton premier contrat pro chez les canaris. Quel sentiment as-tu eu lors de la signature ?

À Beauvais, le FC Nantes m’avait supervisé 6 fois avant même ce fameux match face à l’OM. D’autres clubs s’étaient également renseignés. Mais c’est vrai que ce match a été décisif pour la suite de ma carrière.

Lors de ma signature, j’ai eu une sensation de fierté parce que je suis parti de chez moi à seulement 12 ans pour finir professionnel et j’ai atteint ce rêve. Donc, ce fut un super sentiment sur le moment et de la fierté d’avoir réussi, surtout dans un club aussi prestigieux que le FC Nantes qui n’avait rien à faire en Ligue 2.

Mais, je pense qu’à ce moment-là, je me suis trompé dans ma carrière parce que je me suis vu trop vite arrivé. J’ai cru que l’objectif était déjà rempli…

Crédit photo – Laure Hodina

Tu as commencé à l’évoquer, ton passage au FC Nantes ne s’est pas idéalement déroulé car tu n’as pas beaucoup joué… Pour toi, les fautes sont partagées ou tu as un sentiment d’injustice sur cet épisode de ta carrière ?

Je n’ai même pas joué avec l’équipe A. J’ai fait quelques mois à Nantes et je n’étais pas bon… Ils m’envoyaient tout le temps en réserve et je n’étais franchement pas performant. Et puis, j’ai compris qu’ils m’avaient pris pour sauver la réserve donc ça m’a un peu dégoûté parce que j’étais sur une bonne dynamique juste avant ma signature et s’ils me lançaient en Ligue 2, j’aurais pu écrire une belle histoire je pense.

Quand je suis arrivé en réserve, l’équipe était dernière donc c’était difficile d’être vraiment performant. Après, je suis également fautif car je n’ai pas réussi à élever mon niveau de jeu. Je pense que les torts sont un peu partagés. Le FC Nantes m’avait dit que Frédéric Da Rocha n’arrivait pas à finir ses matchs et que j’allais être son remplaçant donc ça m’a mis des étoiles dans les yeux, surtout quand on te parle d’un joueur comme Frédéric Da Rocha. Mais ils n’ont pas vraiment tenu leur promesse. Je dois aussi dire que quand je suis arrivé à Nantes, je me suis mal renseigné et mon agent également. Il y avait 42 professionnels donc c’était une situation un peu compliquée.

Je regrette un peu ce choix mais d’un autre côté, il y a des points positifs. Grâce à des personnes comme Laurent Guyot, j’ai énormément appris sur mon jeu et mon football.

Tu es prêté une saison à Gueugnon afin de te relancer mais tu as des événements un peu malheureux… Après une saison, tu repars au FC Nantes, en 2009, qui ne te conserve pas et tu te retrouves donc sans club. Ce fut une véritable remise à zéro sur le plan professionnel mais aussi humain, non ? Tu as pensé à arrêter ta carrière de footballeur à ce moment-là ?

Oui, ça s’est plutôt bien passé à Gueugnon au niveau du football mais hors football, ce fut une période compliquée. J’ai eu des blessures, un accident de voiture… Les dirigeants voulaient me reprendre en prêt mais quand Tony Vairelles a racheté le club, je n’ai pas pu repartir en prêt dans le club car le président ne voulait pas de moi. J’ai donc fait une saison blanche. En résiliant mon contrat à Nantes, je ne me suis pas dit que j’allais arrêter le football, je me suis juste dit que j’allais repartir d’en bas et remonter peu à peu. Mais quand je suis parti de Nantes, mon téléphone ne sonnait plus beaucoup…

Après cette désillusion du football français, tu fais un choix très audacieux : partir te relancer en troisième division espagnole, à Orihuela puis à l’Atlético Baléares. Cette aventure dans ce pays a-t-elle donné un nouveau sens à ta carrière et même à ta vie plus généralement ? Lors d’une interview pour Goal, tu expliques également que ce choix et cette aventure t’ont donné le goût du voyage.

C’est exactement ça. J’arrive à Orihuela en Espagne et tout se passe vraiment bien… Après une saison, j’ai eu des contacts avec Hercules Alicante qui descendait juste de Liga et qui hésitait entre un autre joueur et moi. Finalement, j’ai fait le choix de rejoindre l’Atlético Baléares, un autre club de division 3, qui jouait la montée et qui pouvait me permettre d’être champion.

À ce moment-là, c’est un déclic. Je me dis que je peux réussir ailleurs qu’en France. Je joue bien, on parle de moi, je suis convoité, ça se passe bien… À l’étranger aussi, je peux briller ! Même si mon rêve était de briller en France, je suis vraiment heureux de ce parcours.

Ton passage en Espagne se déroule vraiment bien et t’offre aussi de nouvelles opportunités. Tu passes ensuite par la Martinique, la Bulgarie, la Géorgie… et tu évolues aujourd’hui au Kazakhstan. Quelles ont été les raisons de ce choix du Kazakhstan ?

À la base, c’est un choix purement financier. Je dis bien “à la base” car, au final, j’ai vraiment appris à aimer ce club, cette ville, ce pays. J’ai 30 ans et tous les choix que j’ai faits auparavant étaient pour essayer de progresser au niveau du football. Mais au Kaisar Kyzylorda, j’ai contrat qui ressemble à celui que j’avais au FC Nantes et c’est vraiment un beau contrat.

Pour être honnête, je m’éclate ici et j’adore. On me traite vraiment bien et sportivement, c’est top. Stoycho Mladenov, le coach, qui m’a vu en Bulgarie et qui m’a fait venir ici, me fait progresser et a confiance en moi. Les personnes m’aiment dans cette ville et m’arrêtent dans la rue pour me demander des photos. Ils me questionnent aussi sur mon futur et si je reste la saison prochaine. Donc au final, je kiffe !

Encore une fois, c’est une expérience extraordinaire. Je me suis mis à apprendre un peu le russe parce que c’est une langue que j’ai envie d’apprendre. C’est que du positif !

Crédit photo – Laure Hodina

Justement tu as évoqué Stoycho Mladenov, ton entraîneur au Kaisar Kyzylorda. C’était un très bon attaquant et aujourd’hui, c’est une figure importante du football bulgare. Il t’a fait progresser sur quel(s) aspect(s) de ton jeu ? Tu peux nous expliquer ta relation avec lui ?

La chose que j’aime avec lui, c’est qu’il veut que je joue tous mes « un-contre-un ». Donc pour un joueur offensif comme moi qui aime beaucoup percuter, c’est un plaisir. Il veut que je dispute tous mes duels et m’aide à finir toutes mes actions par une frappe, un centre ou une passe. C’est une approche vraiment très intéressante. Et, il a cette phrase magique : « Le rôle d’un joueur offensif, c’est d’être dangereux. À chaque fois qu’il touche le ballon, il faut que la défense se demande ce qu’il va se passer. »

Quand un entraîneur te donne carte blanche sur le plan offensif, tu es tout simplement heureux.

Fondé en 1992, le championnat du Kazakhstan est très récent. Sachant que tu as connu de nombreux championnats dans divers pays, comment tu évalues son niveau de jeu ?

C’est difficile d’évaluer ce championnat par rapport à la France car cela fait maintenant 9 ans que j’ai quitté la France mais j’ai une certitude : la troisième division espagnole est plus forte que la troisième division française et le championnat du Kazakhstan est moins bon que la D3 espagnole. Dans le championnat du Kazakhstan, il y a deux équipes vraiment au-dessus : Astana et Kairat Almaty. Pour les autres clubs, le niveau est semblable au National en France.

Pour revenir sur un des beaux moments de ta carrière, je vais évidemment te parler de ton aventure en Bulgarie dans le club de Cherno More Varna. Tu es une véritable légende dans ce club… Ils voulaient même rebaptiser une tribune à ton nom. Tu peux nous raconter cette fabuleuse histoire ?

Cherno More Varna est devenu, derrière le PSG, mon club de coeur. Nous avons gagné la première coupe de Bulgarie de l’histoire du club. L’année où nous avons remporté cette coupe, je termine meilleur buteur du club et je marque le but vainqueur en finale. L’année d’après, nous avons gagné la SuperCoupe contre Ludogorets…

Ce fut vraiment deux années folles, deux ans où je reçois beaucoup, beaucoup d’amour… Je ne me suis jamais senti autant aimé ! Dernièrement, je suis retourné à Varna pour voir un match et tout le stade s’est levé pour m’accueillir, comme dans un rêve. Comme je te l’ai dit, j’ai toujours marqué mes clubs de mon empreinte et là-bas, les supporters me considèrent comme une légende. À jamais, mon nom résonnera à Varna. C’est ma plus grande fierté et celle de mes parents.

Quand ma mère a été à Varna, les supporters l’ont remerciée. Mon père est venu aussi. Les supporters l’ont embrassé, ils lui faisaient des câlins et ils criaient : « Dis à ton fils qu’on ne veut pas qu’il parte d’ici mais s’il part, on comprendra ! ».

Quand tu vois tes parents avec les yeux qui brillent et ton père qui pleure de joie, c’est beau. Ils sont venus pour mon dernier match avec le club, il y avait des banderoles en français. C’est un moment unique et difficile à traduire, exprimer. Ce sont des sensations uniques et précieuses dans ma vie. J’aimerais finir ma carrière là-bas même si cela me fait un peu peur car je veux que les supporters gardent une belle image de moi.

Tu as reçu un amour indescriptible lors du dernier match avec ce club… Le plus beau moment de ta carrière ?

Ce fut un de mes plus beaux moments mais pas le plus beau car il y a aussi la finale de la coupe de Bulgarie qu’on a gagnée et dans laquelle j’ai marqué le but vainqueur à deux minutes de la fin du match.

Pour être honnête avec toi, je n’ai jamais embrassé l’écusson d’un club dans lequel j’ai joué dans ma vie sauf celui du Cherno More Varna. C’est le seul écusson que j’ai embrassé car j’ai ce club dans le coeur. Je suis toujours avec attention tous les résultats. C’est vraiment un club qui est dans mon coeur, ils m’ont donné tellement d’amour !

Avec les nombreux pays exotiques que tu as visités, tu as une anecdote à nous raconter ?

Oui, quand je suis arrivé en Bulgarie. L’anecdote est super marrante. J’arrive en Bulgarie, ils m’emmènent à l’hôtel et on décide d’aller boire un verre dans un bar avec mon agent. La serveuse arrive et je lui demande un Coca Cola. Avec sa tête, elle me fait « non ». Du coup, je lui demande un Orangina, elle me fait une nouvelle fois « non » et elle part. Puis, elle revient et elle me ramène le Coca Cola et l’Orangina. Du coup, je ne comprends pas. C’est seulement après qu’on m’a expliqué que pour dire oui, les bulgares font le signe « non » avec la tête et pour dire non, ils font « oui » avec la tête.

Ton mode de vie un peu atypique est-il compatible avec une vie familiale stable ?

Je parle personnellement mais ce n’est pas compatible avec une vie de couple très stable. Je n’ai pas eu une relation sérieuse depuis mon passage à l’Atlético Baleares. Cette relation s’est mal terminée et je ne me suis jamais remis sérieusement avec quelqu’un. Mais après, j’ai des amis en couple et qui sont dans une situation semblable à la mienne.

Après par rapport à ma famille, ça se passe super bien. Avec les nouvelles technologies, on peut s’appeler, se voir et au Kazakhstan, notre coach nous laisse 5 jours pendant les trêves internationales. Cette année, par exemple, je suis rentré 7 fois en France pendant 5 jours donc c’est plutôt sympa.

Aujourd’hui, tu es un modèle de réussite. Tu as choisi un chemin peu évident, tu as réussi à aller au bout de tes rêves et tu fais la fierté de tes parents. Tu as un conseil pour les jeunes qui souhaitent devenir des footballeurs professionnels ?

Déjà, ça me fait énormément plaisir que tu me dises ça. Le seul conseil que j’ai à donner, c’est de croire en ses rêves et y croire jusqu’au bout. En France, on a tendance à nous enfermer dans le fait qu’on peut réussir qu’en France… Mais, on peut vivre ses rêves dans d’autres pays. J’ai beaucoup d’amis qui ont fait des cursus atypiques et qui jouent aujourd’hui dans de grands championnats.

Donc, il faut y croire jusqu’au bout, ne surtout rien lâcher et se dire que jouer au football, c’est déjà super. C’est magnifique de vivre de sa passion, d’avoir le plus beau métier du monde. Donc même si ce n’est pas possible dans ton pays, tu peux le faire ailleurs. C’est le seul conseil que je puisse donner.

Enfin, si tu devais délivrer une passe décisive…

Tu vois, j’évoquais les beaux destins dans le football… Je vais te parler de Mehdi Bourabia. Ça a été difficile en Ligue 1, il s’est blessé pendant 2 ans, 2 ans sans jouer au football. Il est arrivé en Bulgarie, on a joué ensemble et il est parti en Turquie. Aujourd’hui, il joue en Serie A à Sassuolo et il est international marocain depuis la saison dernière. Je trouve que c’est un parcours sublime et c’est magnifique ce qu’il a fait. Pour les choses qu’il a réalisées, je délivre la passe décisive à Mehdi Bourabia.

Un grand merci à Laure Hodina pour les photos présentes dans cette interview.

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